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Anna KRASTEVA - Terre, Territoire, Espace public
(notice bibliographique)
Le papier se propose d'analyser les rapports entre l'ordre politique et l'ordre territorial. II part de deux idées : la substitution du couple autodétermination des peuples - respect des frontières par l'autodétermination de chaque citoyen envers des nationalités dégagées de l'emprise territoriale ; le remplacement du territoire comme support d'une identité politique citoyenne par le territoire comme instrument d'une identité religieuse ou ethnique.
L'exposé va se dérouler autour de deux triades. La première, terminologique, fera les distinctions entre terre, territoire, espace. La seconde, théorique, va articuler la contribution de la science politique à la redéfinition du concept de l'espace en trois problématiques : espace public, espace urbain, espace démocratique.
La première va comparer deux conceptions du politique - marché et forum - et va en déduire deux visions de l'espace public. La seconde va examiner city politics comme à la fois politique de la ville et politique dans la ville pour analyser les relations entre pouvoir privé et politique publique. La dernière partie va se poser la question où et comment construire l'espace démocratique à l'époque de « la fin des territoires ».
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Christian SCHULZ - La notion de frontière vue par les géographes
(notice bibliographique)
Depuis les origines de la géographie humaine universitaire au 19ème siècle, les frontières ainsi que les régions marquées par celles-ci ont constitué un objet qui a fasciné les chercheurs et qui fait partie de travaux conceptuels comme empiriques. Pourtant, la notion de frontière et la manière de l'approcher scientifiquement ont constamment changé. Si le père fondateur de la géographie politique Friedrich Ratzel s'intéressait surtout aux impacts spatiaux des frontières et aux problèmes spécifiques des régions limitrophes/périphériques, la géopolitique de l'époque entre les deux guerres mondiales, s'est surtout tournée vers les questions d'implémentation ou de relocalisation de frontières étatiques, sous l'influence forte de la réorganisation du territoire Européen et de ses colonies. Cette période a culminé dans les travaux douteux de Karl Haushofer qui ont servi de justification « scientifique » à la politique d'expansion des Nazis. Ensuite il faut attendre les années 1960 pour qu'une géographie politique modernisée anglo-saxonne (cf. les travaux de Julian Minghi et de Victor Prescott) recommence à s'intéresser aux frontières, ou plus précisément aux « espaces frontaliers ». La définition de ce dernier terme nécessite quelques précisions :
Provenant du vocabulaire militaire, la notion de « front » a marqué pour longtemps le terme qui fut conceptualisé comme « lignes frontières », représentant les limites extérieures d'un ensemble territorial, généralement correspondant à un Etat nation. Si le terme anglais « frontier » correspond à cette notion, ce sont les termes « boundary » et « border » qui le remplacent de plus en plus. S'y ajoute la notion de « zones frontalières » ou « borderlands » / « border areas » , représentant plutôt des discontinuités spatiales dans lesquelles se font remarquer les « effets frontière ». Ces derniers sont des éléments constitutifs pour les espaces frontaliers voire « transfrontaliers » , où ils se manifestent comme une « distorsion des flux engendrée par la limite surimposée sur un espace donné » (Amilhat Szary / Fourny 2006:8). En d'autres termes, la frontière peut à la fois freiner (en tant que barrière administrative aux développements spatiaux et aux échanges), stopper (en tant que limite juridique, p.ex. régularisant l'immigration ou les flux de marchandises) mais également encourager (p.ex. par des différentiels économiques) des flux et interactions transfrontaliers. La résultante « fluidité complexe » (idem), menant généralement à une intégration progressive des espaces transfrontaliers, ne peut qu'exister à cause de la présence d'une frontière, non par son absence. L'obsolescence des frontières, comme elle est souvent postulée pour l'espace post Schengen, par exemple, devient ainsi un terme relatif, vu la pérennité ou persistance de multiples effets de frontière (culturels, linguistiques, politiques, fiscaux, etc.). En outre, il s'impose comme un élément clé de la recherche géographique qu'elle ne manque pas à tenir en compte l'emboîtement des différentes échelles d'analyse, comme le soulignent entre autres Renard et al. (1997:70).
Suivant les arguments d'Anne Laure Amilhat Szary et de Marie Christine Fourny (2006:12 suiv.), les frontières actuelles à l'intérieur ainsi qu'aux marges de l'Union Européenne pourraient être approchées par trois optiques différentes:
-la notion de «structurations» à savoir les formes de construction institutionnelle, la manifestation de discontinuités ainsi que l'importance multiscalaire du jeu des acteurs ;
-la notion d' «identités» qui s'entend par le fait que les territoires transfrontaliers constituent des espaces identitaires spécifiques, capables d'incorporer au collectif l'altérité de l'outre frontière ;
-la notion de «franchissements» qui se focalise sur les effets frontières susmentionnés en comprenant la frontière comme une « ressource » qui engendre des flux et interactions constituant les territoires transfrontaliers.
La géographie contemporaine dite postmoderne se focalise donc davantage sur les processus sociopolitiques et socio spatiaux contribuant à l'institutionnalisation des frontières et de leurs impacts territoriaux (cf. aussi van Houtum 2005). Certes ces approches méritent idéalement d'être appliquées simultanément, soulignant ainsi le fort potentiel et la plus value d'une démarche interdisciplinaire, rassemblant les sousdisciplines de la géographie humaine concernées (en dehors de la géographie politique, surtout la géographie culturelle, la g. économique, ainsi que la g. régionale cf. Paasi 2005:667) et les disciplines voisines en profitant p.ex. des concepts d'historiens, de sociologues, de politologues, d'anthropologues, ou de linguistes. Cette démarche vise à arriver à une meilleure compréhension de la complexité des facteurs et des phénomènes qui sont cruciaux pour la construction sociale des territoires frontaliers / transfrontaliers.
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2005, pp. 672-679
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Harlan KOFF - Border Politics and Regional Integration: The Need for Cross-Regional Comparisons.
(notice bibliographique)
I. Introduction
Borders have been significantly re defined since the early 1990s. Of course, substantial political and economic changes have occurred during this period due to the fall of authoritarian regimes in Central and Eastern Europe as well as Latin America, the deepening and enlargement of the European Union (EU), the development of regional integration in many other parts of the world (such as the North American Free Trade Agreement (NAFTA), MERCOSUR, the Andean Community and the Association of Southeast Asian Nations (ASEAN», and the increased exchange speed and volume of international trade and information. The impact of such shifts in global geopolitics and economic markets has also led to the re conceptualization (1) of national borders as scholars have shifted their attention towards the wider view of "borderlands," or "border regions."
These recent approaches have identified border areas as socially constructed territories that demonstrate many of the characteristics of independent polities. For this reason, recent scholarship has examined the creation of cross border political institutions, border identities, the expansion of border markets, and the development of cross border political mobilization. Border communities seem to have come to life, creating a degree of autonomy and separation from central state actors. This process has inspired the creation of a relatively new interdisciplinary field known as "borderland studies."
Despite the well developed theoretical debates surrounding the evolution of border communities, discussions on this topic are characterized by two main weaknesses. First, it often seems that authors are forwarding normative judgements concerning the need for heightened border integration rather than explaining the processes that cause it. Second, the complexity of border politics has made theory building extremely difficult. Some basic questions that challenge empirical analysis are: "Why has integration occurred in some border regions while other borders are being reinforced? Why has integration failed in some cases where opportunity structures are positive, where it has succeeded in others saddled with more limited constraints? Can border integration be achieved through a "top-down" approach or is it necessarily a "bottom-up" process? This paper addresses these questions and contends that the current research in the field of borderland studies does not adequately respond to such inquiries because there is a dearth of cross regional comparative research which would permit scholars to investigate border integration processes in distinct political and economic conditions.
II. Border Studies and World Regions
Traditionally, border studies focused on the historical relevance of borders to domestic politics and international relations more than they examined developments
in border communities themselves. Borders were often analyzed as boundaries that not only provided lines of demarcation between political units, but also cultural or economic distinctions between so called "civilization" and backwardness. Historical approaches have noted how borders created a hierarchy of spaces which focused on the control of specific territories (Brunet Jailly). Borders were often perceived as points of conflict and analysis of these areas often concentrated on their relevance to global geopolitical issues as they were simply framed as the places "where politics occurred." For example, in his study of political conflict in Latin America, Michel Foucher created a typology of borders that included a) "immediate borders" that demarcated the division between conjoined states, b) "imperial borders" that separated the hemisphere's superpower, the United States, from the rest of Latin America, and c) "areas of fracture" that differentiated between the developed and the developing worlds (1).
Historians have also noted that the differences between European and American (defined continentally) notions of borders have their roots in the distinct demographic and economic development of these continents. For example, studies of border vocabulary, (Le. Malcolm Anderson) have described how the French term frontière refers to the end of a political territory, which raises potentiai for conflict with those on thé other side, whereas thé American version of frontier has connotations linked to shifting patterns of human settlement, the expansion of economic opportunity, and the spread of political values. This latter interpretation moves thé focus of border analyses from the significance of border regions in international politics to border communities themselves. The récent boom in borderland studies has similarly transferred attention from the international arena to thé national and local levels, creating a sphere of micro scaled spatial study. Recent studies have focused not only on the impact of international phenomena on border communities, but they have also examined the impact of local actors in these regions on national and supranational polities.
This trend is related to three important shifts in the study of international relations that significantly affect border areas. Ail three examine so called "challenges to the sovereignty of nation states." These new scholarly paradigms include: a) "multi level governance", b) the "borderless world," and c) "new regionalism." The problem with these approaches is that they remain relatively specific to geographic regions with little communication between studies of borders in différent continents. This is thé focus of this section.
Multi level governance: a European Phenomenon?
Whereas traditional analysis of regional integration, especially the European Union, focused on thé political tension between supranational organizations and their member states in political debates regarding authority in policy arenas, recent studies have begun analyzing institutional relationships through the lens of "multi level governance." This framework, originally proposed by Gary Marks and Liesbet Hooghe, argues that successful policy implementation, especially in the arenas of regional and social development is dépendant on thé activities of local government.
The authors describe two types of multi level governance. Type 1 analyzes the standing relationship between agencies of general purpose jurisdiction. Conversely, Type 2 multi level governance is understood as the interaction of public and private local, national, and supranational actors in specific policy arenas.
More recent empirical studies of EU regional policies have focused on both types of multi level governance. Institutional studies, such as those conducted by Perkmann, Aykaç, Benington and Harvey, Balme, etc., have examined Type 1 governance through discussions of EU programs, such as Interreg initiatives, in cross border regions. Perkmann has noted that over seventy border communities (both cities and regions) have entered into some sort of formal organizational agreement with counterparts on the other side of national divides (2). He, like others (i.e. James Anderson), has also raised doubts about the effectiveness of these programs. While many observers argue that cross border co operation provides both an avenue for political emancipation from central authorities and more efficient policy implementation, Perkmann correctly notes that no comparative empirical evidence exists to prove these claims. In fact, some European studies (see Duprez) demonstrate that cross border policy making does not always create expected outcomes.
Similarly, one does not always observe expected outcomes when analysing policymaking in American border regions. Of course, because NAFTA and MERCOSUR do not include regional or social policies to the extent of the European Union, there are no formal strategies that correspond to European initiatives for border development, such as Interreg, Corridor 8, etc. The Andean Community has officially denominated "border integration zones" but the weakness of the supranational apparatus has contributed to the ineffectiveness of these policies. Moreover, security issues dominate border regions in the Americas leading to border separation, more than border integration. In North America, the borders that divide Canada, the United States and Mexico have been reinforced since September 11, 2001. For this reason, policy studies concerning North American borders have retained, at least partially, the focus on borders as spaces where international politics occur. (see Papademetrious, Andreas, Cornelius). This is especially true in terms of security politics, where US policies have aimed to stop external threats by controlling national borders. Similarly border regions in South America are often characterized by either the spillover of national security threats (Colombia Venezuela, Colombia Ecuador) or territorial conflicts (Chile Peru). Thus, border reinforcement in the Americas has impeded the development of Type 1 multi level governance because the structures necessary to cultivate it do not exist.
Nonetheless, much bi national cooperation does occur at the local level in the Americas and many studies have been conducted of this activity. In fact, cooperation between the public and private spheres is fundamental to the understanding of North American border politics due to prevailing notions of governance on the two continents. For years, American frontiers were ignored by national policy makers so local communities created informal working relationships to address common socioeconomic problems. In his study, US Mexico Borderlands, Oscar Martinez examines the historical development of these areas and argues that competition and hostility transformed into peaceful coexistence over time, which has since led to cooperation and management due to the interdependence of these communities (3). This cooperation takes place in specific spheres and usually spills over into other policy arenas. Once informal local collaboration occurs, it is often ratified later through binational agreements. Even though authors of border politics in the Americas rarely utilize this terminology, they are essentially describing Type II multi level governance. Many empirical studies of specific border communities have reinforced this argument. In fact, the dearth of national or supernational policies in border planning has provided sub national governments with the freedom to cooperate on cross border strategies for economic and social development. In her recent analysis of border water policies, Carmen Maganda demonstrated that the implementation of NAFTA and its side agreements concerning water sharing actually provided a legal/institutional foundation for political conflict, whereas local authorities along the US Mexico border had previously worked together on a daily basis to construct common sense solutions to water scarcity problems that affected them all. Similarly, scholars, such as, Alper, Clarkes, Erie, Hanson, Herzog, Linares, Ramirez and Cadenas etc. have demonstrated how local border communities have benefited from weak control at higher levels of government to collaborate on environmental protection strategies, economic development policies, social protection programs, "cross border education," etc.
The "Borderless World"
Whereas the concept of "multi level governance" is generally associated with European border regions, the "borderless world" approach in borderland studies often is associated with the Americas. Many authors have contended that we will soon live in a world where borders will have minimal importance, should they exist at all due to economic globalization and regional integration. The foremost proponents of "borderless" politics are not scholars of border communities themselves, but social theorists and scholars of international geopolitics in the Americas. Prominent supporters of this argument include Ohmae, Sassen, Jacobson, Baubdck, Pastor, etc. These scholars argue that socio economic activities are no longer constrained by state borders and transnational networks of citizenship, information, intellectual exchange, social mobilization, etc. have created competition to the nation state. Moreover, political economists, such as Rogowski, Frieden, etc. contend that economic competition has been transformed in the post Fordist era. Whereas previous cleavages divided states or economic classes, these authors argue that contemporary divisions are based on geographic characteristics (i.e. rural versus urban) or economic sectors (i.e. traditional industry versus high technology), thus decentralizing economic relationships. They conclude that the emergence of this new organization of the global economic system has further eroded the ability of the nation state to control the activities of non state actors. The more that borders themselves have "withered away," the more significant border regions have become in domestic and international politics. David Newman correctly argues that: "For some, the notion of a 'borderless' and 'deterritorialized' world has become a buzzword for
globalization (4)."
This argument has traditionally been associated with the Americas because of two reasons. First, the hegemony of the United States has historically led to the spread of neo liberal economic policies throughout the hemisphere. Thus, American states have formally or informally facilitated border exchanges through these economic strategies. Second, Latin American states have often been associated with a sense of fraternity that has evolved both culturally (see Hofmeister, Rojas and Solís Walsh and Santacruz) and politically, (see Cátedras de integración Andrés Bello, Alvarez and Fuente) in response to the importance of US influence in the region. For example, Mexico supported the revolution led by Fidel Castro in Cuba in part because of historical antagonism with the United States. The new wave of left wing (Venezuela, Bolivia) and center left (Argentina, Brazil, Chile, and Uruguay) governments have formed a political block around similar social values. These states have professed their commitments to regional integration as well as cross border cooperation. Venezuela has even received permission from Colombia's neo liberal President, Álvaro Uribe, to intercede in Colombia's longstanding internal civil war and negotiate with the left wing Revolutionary Armed Forces of Colombia (FARC). This is significant as the armed conflict with the FARC has often been a source of border tension between Colombia and Venezuela.
Obviously, the term "borderless world" represents a utopia that does not exist. Nonetheless, many initiatives have reduced the impact of national policies in world politics. The question that must be asked, however, is "How American is this phenomenon?" While neo liberalism is supposedly the ideological guide of the Americas, it can be argued that Europe has achieved what American states still seek: a continental regime. The European continent is characterized by a common economic market, a common currency, free movement of labor and mutual recognition of products, degrees, etc. Regional integration in the Americas has indeed promoted free trade, but the Jack of political integration has at times blocked economic exchanges across national borders. For example, political conflict between Colombia and Venezuela over national security policies has halted cross border free trade between the Norte del Santander (Colombia) and Tachira (Venezuela) regions. Similar conflicts have hindered the economic integration of the triple border between Peru, Bolivia and Chile. In contrast, within Europe border integration is rarely affected today by national political disputes.
New Regionalism
According to recent scholarship on political identities, the de territorialization of the nation state has led to the emergence of new ideologies and movements based on ethnicity, language, place of belonging, etc. Leading scholars in this field, such as Michael Keating, have demonstrated that the nature of local political organization and culture has significantly affected how border politics function. Studies of nationalist movements (such as Northern Ireland), minority groups (such as Gypsies in Eastern Europe), and stateless nations (such as the Québecois or Basques) have examined the connections between these political communities and the global political grena. In his study of pluri nation states, Keating has demonstrated that these movements are not necessarily integrated into the institutional architecture of their respective countries. Thus, territorial boundaries are not fundamental for the construction of identity, which decreases the demarcating influence of borders within ethnic debates. For example, some groups, such as the Scots or Corsicans, correspond to an existing territory and they benefit from special representative structures. Others, such as Basques, Gypsies, etc. adhere to de territorialized identities that cross state borders.
Support for these movements has developed at the supranational level and, in some instances this has directly challenged central state authorities. For example, through support from the Council of Europe (COE), non governmental organizations (NGOs), such as the European Roma Rights Center (ERRC), have successfully created a transnational Roma identity during the last twenty years, even though Roma represent one (albeit the largest) ethnic identity amongst European Gypsies, along with Sinti, Manouche, etc. As it gained strength, this political movement solidified working relationships with various European institutions. The ERRC has successfully brought cases to the European Court of Human Rights (ECHR) in order to combat state sponsored anti Gypsy discrimination throughout the continent. These judgements in their favour have further legitimized the political aspect of this deterritorialized identity.
Like the literature on multi level governance, scholars of new regionalism often contend that this phenomenon is European. In the Americas, influential supranational structures such as the COE and the ECHR do not exist and this has created format barriers for the development of transnational political movements. Despite this fact, the empirical evidence produced by scholars working in this field suggests that the variance of supranational institutional arrangements does not necessarily impact regional movements. In the Americas, observers, such as Brooks and Fox, Williams, etc. have studied the creation of transnational Mexican and Mexican American social movements, and others, such as Bonilla et. al. have examined the historical development of cross border cultures through the presentation of border narratives. For example, NAFTA's stimulation of the maquiladora (5) border industry has created numerous movements in both the US and Mexico, that have called for improved working conditions, higher wages, and social justice for Mexicans living on both sides of the border (see Kopinak). In spring 2006 protests against the construction of a 3,000 kilometer watt along the entire US Mexico divide demonstrated the impact of widespread bi national political mobilization as the law proposing this measure was defeated in the US Congress (see Koff(b)). Similarly, scholars of South American borders (Le. Ramirez and Cadenas) have pointed to the birth of transnational human rights movements (i.e. Colombia Ecuador) and cross border mobilization to protect ethnic minorities living in border regions (Le. the thirteen ethnic groups that reside along the Colombia Venezuela border).
Conversely, the empirical literature concerning new regional identities in Europe has questioned the importance of ethnic mobilization. Zoe Bray's studies of Basque mobilization in border communities in France and Spain has demonstrated that local political leaders are more influenced by national political systems than they are by European institutions or common identity. Her research shows that cross border cooperation amongst Basque political actors in the region is limited. Similarly, Monika de Frantz's work on minorities in Austria's Eastern border questions the impact of EU policy making in this area. De Frantz notes that beyond the symbolic acknowledgement of transnational border identities, the cross cultural knowledge and the long established contacts between minority organizations are actually under used in official cross border cooperation. The intercultural integration strategy promoted by governmental elites is actually limited by their own narrow territorial self interest and the general mistrust between the populations on both sides of the border. Thus, the changing border context has had varied cultural effects. While political and economic improvements for minorities created by regional integration have favored the Austrian side of the border, these transformations have actually weakened the influence of ethnic minority associations in the region and revived pan nationalist ideas promoting ethnic separatism beyond the state borders in the urban areas around Vienna. Ethnic cross border activism, however, remains uncoordinated and finds little structural support from the EU or Austria as state borders still seem to constitute territorial and institutional barriers for ethnic mobilization and regional cooperation.
1.
Foucher, M. L'Invention des Frontières, Paris, Documentation Française, 1986, p. 233
2.
Perkmann, M. "Cross‑border Regions in Europe. Significance and Drivers of Regional Cross‑border Co‑operation." European Urban and Regional Studies. 10(2), 2003, p 155
3.
Martinez, O. ed. U. S.‑Mexico Borderlands : Historical and Contemporary Perspectives, Wilmington. DE., Jaguar Books, 1996, pp xiii-xix
4.
Newman, p.
1
5.
Maquiladoras are bonded assembly plants found in Mexican border cities that are permitted to import gonds without payment of import dunes. These gonds, especially electronics, are
further
processed or manufactured and exported. When the gonds enter the US, tariff is levied only on the value added outside the US
III. Conclusion: Comparative Regional Integration and Border Politics
The current literature in the field of comparative border politics is often linked to regional integration. Many scholars have argued that EU sponsored initiatives have promoted cross border political cooperation by improving opportunity structures for local actors in targeted regions. Similarly, it has been argued that cross border exchanges in the Americas have been limited to the economic sphere due to regional integration schemes that have focused primarily on free trade. Consequently, even though a marked gap exists between work on comparative regional integration and studies of borderlands, most of the scholarship in this latter field incorporates the "logic of regional integration" (see Mattli) as a primary factor in the determination of cross border cooperation, which is often framed as a "top down" political construction.
This comparative review of empirical studies of border politics indicates that the relationship between regional integration and cross border cooperation is not as linear as most studies contend. According to the aforementioned arguments, political cooperation in both the governmental and non governmental spheres, as well as ethnic mobilization should be favored in Europe due to the model of "deep integration" found on the continent, while economic exchanges should be promoted in the Americas because of the free trade logic of recent models of regional integration. Empirical studies, however, have noted that formal border regimes in Europe have not created intended political cooperation whereas informal regimes in the Americas are characterized by significant cross border collaboration. At the same time, European integration has facilitated free trade whereas commerce in the Americas has been blocked by political disputes.
These trends demonstrate two important points concerning approaches to the study of border politics. First, there is a strong need for deeper cross regional comparison. Few studies exist that incorporate such a comparative methodology (Blatter, Koff(a), Scott) but these works have illustrated important differences between theory and practice in the field of border politics. Second, border integration cannot be simply viewed as a "top down" construction. The empirical evidence presented in crossregional comparisons demonstrates that the development of cross border politics and markets results from rational decision making at the local level. It occurs when local actors perceive better opportunity structures through cross border collaboration than they do working within national systems. These perceptions depend on the presence of symmetrical power structures and common political interests in cross border regions. Politics, alter all, are made by actors, not institutions.
Bibliography
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Jürgen POHL - The Notion of "Territory" from a Geographical Point of View.
(notice bibliographique)
Accoding to the famous and popular German Dictionary of Geography "territory" means " space which is occupied by a person, a group or an organization (e.g. state) and is controlled with power by this occupant". Apart from this notion of territory connected with réal power there exists the idea of a "mental territory".
This kind of territory is very important for thé geographical research of identity. Above all "identity" in geography means "regional identity" on différent scales. Level or scale is a very popular methodological concept in geography. Some aspects and problems of this concept will be shown.
A very popular instrument to measure regional identity is thé "mental map" representing the "mental territory". Not only mental or cognitve maps be also "real" maps are used research in thé field of identity.
The notion "territory" is not very popular in geography. There are other notions which are more important and which have to be regarded in the context of "territory". These other concepts are: space, place and region. There exist different kinds of definitions some of them will be explained. Important in the context of identity is the production of space. Above all the perceived space, the mental space and the representational space concern the experience, the idea, the existence and realisation of man in space which means to build a (specific) place.
Another important concept is "region". There are a lot of definitions starting from a vague "area" or "field" up to functional and political regions. All are of some importance for identification building processes and for identity.
In the context of these concepts territory is above all the "occupied space" whoever this occupant may be. So "territory" has much to do with power on the individual level as well as on thé national and international level.
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Intervention de Luciano SEGRETO - La notion de performance.
(notice bibliographique)
La performance italienne des derniers trente ans a été de plus en plus déterminée par le districts industriels, un système économique, social et culturel, qui n'est pas seulement typique de l'Italie, surtout du centre nord de la Péninsule, mais qui a intéressé des acteurs étrangers (entreprises, institutions, syndicats, chercheurs) dans le but de comprendre jusqu'à quel point il s'agit d'une expérience non irréparable dans un cotexte national différent, à cause de conditions historiquement uniques, et jusqu'à quel point les ingrédients décisifs peuvent, au contraire, être repérés et mis à l'oeuvre dans un autre contexte. Au fond, donc, le point d'interrogation est relatif au territoire, à sa construction ou déconstruction et reconstruction historique, mais aussi à l'interaction consciente des différents acteurs sociaux et institutionnels qui agissent dans ce territoire. La performance des districts a été mesuré par rapport à leur capacité de créer et de redistribuer de la richesse, mais de plus en plus aussi par rapport à sa capacité de compacter et d'homogénéiser des sociétés locales face aux perturbations des marchés mondiaux. La globalisation est pour ces territoires un défi terriblement actuel, dont on commence à observer les effets négatifs sur la cohésion des territoires économiques, sociales et culturels dont il sont le symbole sans nécessairement mettre en cause la performance strictement économique. D'où la nouvelle question, ouverte sur le future proche : un territoire déstructuré par la globalisation sera capable de garder sa cohésion interne sur laquelle il a construit sa fortune économique et sociale ?
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Intervention de Michael G. MÜLLER - The notion of region-building.
(notice bibliographique)
The discussion among historians in the context of re thinking concepts of territoriality has been going on for almost three decades. It is widely accepted - by now even banal - to state that the nation and the nation-state (that had been at the centre of modern European historiography ever since its beginnings) represent by no means the 'natural' or even the most relevant territorial frame-work for historical research. After having thoroughly deconstructed national narratives historians still seem to be unable, however, to develop methodologically valid alternatives. On the one hand, new approaches as represented in studies of the history of sub national or transnational regions, of transfer history, histoire croisée, Beziehungsgeschichte, or of European history face methodological dilemmas rather similar to those of national historiography: By focussing, once again, on pré defined territorial entities they still cannot overcome the fundamental problem of 'territorial essentialism'. The vast amount of studies dedicated to the history of the perceptions of space (referring to concepts like 'mental mapping' and 'orientalism') produced over the last decades, on the other hand, largely contributed to historically contextualising and critically assessing European concepts of territory - but offered little in terms of more adequately conceptualising space as a historical reality. While we are most aware of how territories were, and are, culturally constructed the processes of the social construction of space still remain to be explored more systematically.
The paper suggests to consider alternative approaches to the study of space and territoriality as developed by anthropologists like A. Appadurai. Two methodological arguments, in particular, could be derived from the debate among anthropologists in view of re thinking territory in a historical perspective.
1. Given that regions (both sub national and trans national) are continuously constructed, re shaped, and aiso de constructed, as a result of social interaction the study of regions and région building should start from identifying the specific contexts in which the shaping and demarcation of spaces/ territories occurs. It might be helpful to distinguish between région building processes on the level of, for example:
- economic interaction
-
social mobility (individual as well as group migration)
-
communication
-
cultural identification (rather than 'identity')
-
institutionalisation
2. Accordingly, we should take into account the co-existence of 'multiple geographies'. The geographical scope of the economic activities in a given region can, for example, differ substantially from the scope of its cultural identification. While factors like shared language or access to individual media may define a specific space of communication, migration or mass tourism can bring in entirely different
spatial dimensions. Different social groups within a given society are quite unequally active in the varions fields of regional and cross regional interaction, etc. In that sense, any locality, region, or nation simultaneously belongs to varions territorial orders.
The study of regionalisation/region building processes should thus be developed in two directions: It seems worthwhile, on the one hand, to enquire more systematically into how individual contexts of social interaction created specific `European spaces' - the space of European Enlightenment, of industrialisation and mass migration, of European nationalism or of trans-national political movements alter World War II , etc. Local and regional studies, on the other hand, could produce valid insights into how given societies perceive, perform within, and actively shape, the European space.
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Philip SCHLESINGER - Cosmopolitan Temptations, Communicative Spaces and the European Union. (notice bibliographique)
For some theorists, the development of the European Union has opened up the prospects of a new boundary-transcending cosmopolitanism. The transnationalisation of political action and of communicative space, it is held, heralds an emergent new global order with which the European space will articulate.
In this paper, I shall argue that the EU provides an excellent case for analysing the fragility of this cosmopolitan vision. The Union is still uncertainly poised between being a regulatory regime and a federation and its complex institutional matrix is crucial to understanding the prospects for a European public sphere. Despite the presence of the EU's supranational institutions and the emergence of transnational spaces and communicative flows, the Unions member states still have to be transcended as key controllers of citizenship rights and purveyors of collective identities and they still maintain strongly bounded national public spheres. Linguistic and cultural diversity both within and across states as well as national identities continue to be factors of key importance.
Currently, debates about national belonging have centred particularly (although certainly not exclusively) on the Muslim presence in EU states. Debates about multiculturalism have become deeply implicated in contemporary struggles over postEnlightenment secularism, where the battleground has also brought Christians and humanists into collision. The question of religion as a marker of culture has also played a role in accession debates concerning Turkey.
A central issue in contemporary debate about the public sphere is the extent to which political communication may be judged to have a formative impact on citizenship, collective identity and patriotism, shifting these from their longstanding and often exclusive alignment with the member states (and nations) into a more inclusive 'European' citizenship, collective identity and constitutional patriotism. There are divisions about how to interpret the 'Europeanisation' of communicative spaces and the relative significance of traditional media and newer space transcending communications technologies. On the evidence - which is equivocal - mediated communication in the EU space has not yet had a boundary-transcending, public-forming effect.
Arguably, states, nations and regions remain crucially important as locales for debate and as sources of identity. Witness the contemporary claims made by sub state nationalisms. 'Europeanisation' is itself a profoundly ambiguous process. Who now - and who in the future - will be permitted to be a 'European' is an increasingly intense focus for struggles between inclusion and exclusion both within member states and at the borders of the EU itself.
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Philippe BOUQUILLION - Les territoires des industries de la culture et des médias. (notice bibliographique)
La question des frontières est centrale dans les travaux qui s'intéressent aux rapports entre les médias, les industries de la culture et les réseaux et les territoires. Parmi les plus connus d'entre eux figurent ceux Marshall Mc Luhan. Cet auteur envisage les médias électroniques comme supprimant les distances et les frontières et il annonce l'avènement d'un « village global. » Ces propositions, qui rencontrent un succès certains auprès des journalistes ou des décideurs, sont assez représentatives de nombre d'approches relatives aux moyens de communication et aux territoires, fortement imprégnées de déterminisme technologique. De telles perspectives déterministes sont également très présentes dans les représentations véhiculées par des notions comme la société de l'information ou de la connaissance. Ces représentations font de l'accès aux technologies le facteur clef de la construction socio économique mais aussi culturelle des territoires.
Pourtant des travaux s'intéressant aux facteurs qui orientent la répartition des activités et des populations refusent généralement d'accorder aux réseaux de télécommunication un rôle structurant. Du moins, ils envisagent leur contribution à la construction des territoires comme subordonnée et complémentaire par rapport à d'autres facteurs, en particulier les réseaux de transport. Telle est en général la perspective qui anime les recherches relatives aux phénomènes dits de métropolisation.
Du côté de la construction culturelle des territoires, une même critique du déterminisme technologique s'impose. Les travaux relatifs aux territoires des industries de la culture et des médias sont anciens. A partir des années 70, l'économie politique critique de la communication développe des recherches centrées sur l'internationalisation des industries de la culture et des médias. Elles reconnaissent un grand rôle aux frontières, en particulier en distinguant le centre de l'économie monde, qui exerce l' « hégémonie culturelle », et les périphéries qui la subissent. Toutefois, Tristan Mattelart, dans une généalogie des théories de la diversité culturelle montre combien ces paradigmes, alors dominants, sont remis en cause à partir des années 80 et cèdent le pas à des points de vue tout à fait opposés. Quatre critiques sont plus particulièrement adressées aux propositions de l'économie politique critique de la communication:
-L'importation de produits culturels étrangers permettraient un renouvellement des industries culturelles nationales et donc, à terme, faciliterait leur développement.
-Les modes de « réception » sont très différenciés selon les divers espaces nationaux.
-Le système fordiste s'accompagne de la culture de masse, en revanche, l'avènement de l'ère dite post industrielle conduirait à de nouvelles formes de culture plus fragmentée.
-Les produits sont certes moins différenciés entre les différents espaces nationaux mais le menu de choix, pour le consommateur, s'accroît grâce aux échanges culturels internationaux. La mondialisation serait donc un facteur de diversité culturelle.
Ces trois dernières transformations sont au coeur de la remise en cause de la notion de culture et d'identité nationales au profit d'approches mettant en avant soit la « créolisation » ou l'hybridation des diverses cultures et identités nationales soit, telles les Cultural Studies, l'existence de cultures qui n'ont plus pour fondement un territoire, au sens spatial du terme, mais d'autres logiques affinitaires. Ces perspectives inspirent la thèse de la fin des industries culturelles et des médias au profit d'autres formes de création, largement produites par les consommateurs euxmêmes. Dans cette perspective, le Web 2.0 constitue la clef de voûte du développement de ces supposées « nouvelles » formes de culture(s) qui transcendent les frontières géographiques tout en recomposant d'autres frontières, sociologiques cette fois ci (les « have » et « have not » et surtout les différentes communautés affinitaires).
Dans des temps marqués par la mondialisation, il convient donc d'interroger les mutations des industries de la culture et des médias et les mutations des logiques territoriales qui les accompagnent. En effet, des articulations croissantes entre les industries dites de la communication (c'est à dire les industries du Web, des télécommunications, des matériels grand public) et les « industries des contenus » (cinéma et audiovisuel, musique enregistrée, livre, presse et information) se produisent. Les échanges de pairs à pairs, souvent illégaux, n'en constituent que la partie la plus spectaculaire et la plus connue. Trois mouvements sont en cours:
-Les acteurs des industries de la communication entrent dans l'économie des contenus. Ces acteurs disposent d'une surface financière sans commune mesure avec celle des industries des contenus.
-De très importantes mutations des modes de création, production, diffusion et valorisation des contenus se produisent.
-Les politiques publiques, en particulier les politiques de soutien à la création ou la diffusion des produits culturels et aux industries voient leur légitimité remise en cause.
Dans cette perspective, deux questions principales se posent. En premier lieu, les propositions de l'économie politique critique de la communication et tout particulièrement son postulat le plus important, l'hégémonie culturelle, qui suggère un certain mode d'articulation entre cadre nationaux dominants et dominés, sont elles remises en cause ? Comment penser les relations culturelles internationales à l'heure où d'autres centres, en Inde, en Chine, dans le monde arabe, en Amérique Latine, se développent et commencent à rayonner en dehors de leur ancienne zone d'influence, du fait des diasporas mais aussi d'autres facteurs ? En second lieu, le cadre national est il toujours pertinent pour penser les territoires des industries culturelles et des médias ? D'une part, ces industries, en particulier du fait de leurs articulations croissantes avec les industries de la communication se recomposent elles selon des logiques qui échappent aux territoires géographiques et qui transcendent les frontières nationales en se modelant sur des affinités communautaires ? D'autre part, dans quelle mesure les logiques géographiques qui demeurent sont elles celle de l'Etat Nation ? Les mutations en cours encouragentelles des formes de polarisation des industries de la culture et des médias et de leurs produits autour des territoires infranationaux (locaux, régionaux) ou supranationaux (aires linguistiques, espaces regroupant plusieurs « pays » proches géographiquement et culturellement, autres formes d'aires régionales reposant sur des logiques politiques ou économiques, par exemple, existe t il une Europe des industries de la culture et des médias ?)
Ces deux séries de questions peuvent conduire à observer les recompositions des logiques territoriales des industries de la culture et des médias à trois niveaux:
-celui des acteurs industriels et de leurs produits ;
-celui des usages et des pratiques culturelles ;
-et celui des politiques publiques, de soutien aux produits et aux industries
mais aussi des politiques visant à construire des identités territoriales.
II est impossible aujourd'hui, compte tenu du manque de travaux en particulier de travaux de terrain, d'apporter des réponses définitives aux questions posées. Toutefois, notre hypothèse centrale est que l'ancien concept d'hégémonie culturelle est sans doute à revisiter mais qu'il n'a certainement pas perdu son intérêt heuristique. En effet, les industries culturelles et médiatiques américaines voient leur domination se poursuivre, du moins à l'échelle des pays d'Amérique du Nord et d'Europe. Cette domination culturelle et industrielle se double d'une domination financière, du fait de la financiarisation d'une large part des industries de la culture et de la communication dans les pays dits de la triade. Les principaux acteurs de la sphère financière sont en effet quasiment tous américains. L'affirmation d'autres centres hégémoniques est l'un des éléments qui doivent guider la révision du concept d'hégémonie culturelle. Par ailleurs, le développement indéniable de productions culturelles qui reposent sur des communautés de goûts ou d'appartenance n'est pas est un phénomène nouveau, même si le Web confère à ces productions une plus grande visibilité et permet d'accroître les échanges. Là encore, les acteurs dominants appartiennent au centre de l'économie monde « occidentale » de la culture, les Etats Unis. Ils tendent d'ailleurs à s'organiser dans des logiques territoriales déjà observées dans les médias en place avec soit des filiales ou des sites nationaux en langue indigène, soit ils ont des accords avec des acteurs industriels nationaux qui sont leur relais. Bref, nous posons l'hypothèse que les mutations en cours, s'appuient sur des logiques territoriales fortes et marquées par de grandes inégalités. Ces mutations n'abolissent pas les frontières. Contrairement à ce qu'ont laissé croire les potentialités des technologies, elles ne permettent pas aux échanges directs entre individus de supplanter les produits culturels industriels.
A cet égard, l'Europe ne semble pas tirer grand profit des politiques conduites depuis les années 80, tant aux niveaux nationaux que communautaire, qui visaient à créer des champions industriels nationaux ou européens. Ceux ci, comme l'a illustré Vivendi Universal en son temps, ont même facilité une pénétration accrue productions américaines. Faut-il penser que la remise en cause des politiques publiques de soutien, en particulier à l'audiovisuel et au cinéma, en "libérant les énergies" va revitaliser les productions culturelles européennes ? Certaines limites et même certains échecs de ces politiques sont indéniables. Toutefois, on peut légitimement douter que leur suppression soit une solution avantageuse.
La réalisation de travaux interdisciplinaires et internationaux sur les mutations des industries de la culture et des médias et leurs logiques territoriales est d'autant plus urgente que la situation des industries de la culture et des médias européennes semble difficile dans l'actuelle mondialisation et que les politiques antérieures n'ont pas apporté les résultats escomptés.
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Philippe HAMMAN - Penser les espaces-frontières en Europe à l'aune des relations transfrontalières de travail. (notice bibliographique)
S'intéresser aux mobilités transfrontalières de travail et de résidence et à leur prise en charge collective à partir du terrain des espaces frontaliers de la France de l'Est (Vis-à-vis de la Belgique, du Luxembourg, de l'Allemagne et de la Suisse) permet de revenir de façon originale sur un certain nombre d'enjeux territoriaux politiques, économiques et sociaux qui imprègnent l'action publique en Europe, dans un questionnement des transformations des espaces de pertinence et des échelles spatiales. En effet, la situation juridique et sociale de la main d'oeuvre "frontalière" ne va pas de soi, que l'on songe à la protection sociale, aux conditions de licenciement, de la retraite, etc., qui ne coïncident pas pleinement entre les différents Etats, et peuvent aboutir à des situations d'inégalités sociales, alors même que l'appel au répertoire transfrontalier est de plus en plus fréquemment avancé au titre du développement socio économique du territoire dans les régions frontières. On éclaire ainsi les paradoxes liés aux travailleurs frontaliers, présentés tantôt comme victimes, comme opportunistes ou encore pionniers de l'Europe au quotidien.
De la sorte, en partant d'une entrée par les espaces géographiques (la frontière et ses effets), sociaux (la constitution de nouveaux espaces d'échanges et de débats investis par une pluralité d'acteurs et d'organisations) et économiques (le principe de libre circulation, approprié différemment selon les instances en jeu), cet angle d'approche s'inscrit à la fois:
-dans l'étude des dynamiques de communautarisation, en explicitant comment les problèmes transfrontaliers sont formulés dans l'espace politique européen, par quels vecteurs ils sont pointés et par quelles scènes d'expertise
(institutionnelles ou plus militantes ; locales, nationales ou européennes... ) passe leur solutionnement ;
-dans celle des logiques de re territorialisation, mettant en exergue l'inscription des questions transfrontalières dans de nouveaux découpages territoriaux
visant précisément à s'affranchir des frontières nationales, et dont les instances tendent à produire leurs propres outils d'appréhension des phénomènes socio économiques transfrontaliers ;
-dans celle des phénomènes de désobjectivation recomposition des catégories de politiques publiques, à l'exemple des politiques sociales dont les
disjonctions et l'enjeu de coordination au niveau européen sont ici tout particulièrement visibles (définitions de l'invalidité, etc.) ;
-enfin, dans le questionnement en termes de légitimation qui traverse les processus de construction des problèmes publics au niveau transfrontalier pour révéler les spécificités de l'espace d'action européen. Sont ici très révélateurs les instruments de lobbying et modes d'expertise auxquels les différents acteurs, collectifs et institutions ont recours, qui sont autant d'indicateurs de processus d'objectivation en train de se faire.
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René LEBOUTTE - La notion de régionalisation(s). (notice bibliographique)
Les auteurs de la circulaire invitant à ce colloque ont été bien inspirés d'utiliser le pluriel pour évoquer la « régionalisation » . En effet, cette notion est ambiguë : elle renvoie d'une part à un « processus de division d'un territoire soumis à un pouvoir national » (et ce, observable dès l'Antiquité) (1); d'autre part, à un processus sui generis qui ne s'inscrit pas nécessairement dans le cadre national : l'émergence de régions qui, souvent, sont antérieures aux États nations et qui ne s'inscrivent pas toujours dans le cadre des frontières politiques (tel est le cas de la formation des bassins industriels, des régions transfrontalières). Dans ce dernier cas, qui nous occupe ici, je considère la régionalisation non comme un objet d'investigation, mais comme une méthode permettant de comprendre la genèse et les mutations des régions.
La régionalisation entendue comme division d'un territoire soumis à un pouvoir national a fait l'objet de nombreuses études historiques sur les mouvements régionalistes, le régionalisme, en mettant surtout l'accent sur les aspects politiques et culturels (langues, religion, « coutumes ») (2).
Cette régionalisation est aussi le produit de l'unification européenne. L'histoire de la construction européenne a mis en évidence que les politiques communautaires (surtout la politique régionale et la politique agricole commune) sont un puissant « facteur régionogène » (expression introduite par l'historienne polonaise Helena Madurowicz Urbanska ) (3).
Nous n'insistons pas ici sur cette acception de la notion de régionalisation. Toutefois, il faut souligner que dans ce cas, comme dans celui de la régionalisation comme processus sui generis, il s'agit clairement d'une construction sociale de territoires, une construction sociale perçue comme telle par les acteurs.
1.
LABASSE Jean, L'Europe des régions, Paris, Flammarion, 1991, pp. 41-56
2.
GRAS Christian, LIVET Georges, Régions et régionalisme en France du XVllle siècle à nos jours, Paris, 1977
3.
LABASSE Jean, L'Europe des régions; BITSCH Marie‑Thérèse (éditeur), Le fait régional et la construction européenne, Bruxelles, Bruylant, 2003. Facteur régionogène : MADUROWICZ‑URBANSKA Helena, « Remarques sur la méthodologie des régions économiques et leurs valeurs épistémologiques », dans Studia historiae oeconomicae, UAM, vol. 15, Poznan, 1980, pp. 87‑93 (p. 89)
La régionalisation comme méthode d'investigation
Helena Madurowicz Urbanska considère la régionalisation non comme objet d'observation, mais « en tant que méthode de recherche ». Elle utilise le concept de « régionalisation historico économique » : « il s'agit de la relation entre l'espace et l'homme, l'homme dans son activité économique. Relation stricte, mais riche et ample ». En introduisant la dimension historique, elle intègre la dimension temporelle à celle spatiale, deux dimensions évolutives. « La notion empirique de la région historique implique son caractère temporel. L'ingérence du temps et sa mutabilité (inconstance) qui en ressort sont d'une importance significative » (4).
Pour ma part, j'adhère à cette conception de la régionalisation comme méthode d'investigation de la région comme espace construit, vécu, perçu. Comment apparaît une région ? comment elle est transformée, remodelée ? quels sont les facteurs régionogènes ? Ainsi posées, ces questions ne peuvent être abordées que par l'interdisciplinarité et l'approche comparative.
4.
MADUROWICZ‑URBANSKA H., « Remarques sur la méthodologie des régions économiques », pp. 8788 ; EADEM, « Aspects of micro‑ and macroanalysis in historical socio‑economic regionalization », dans Studia historiae oeconomicae, UAM, vol. 13, Poznan, 1978, pp. 27‑39
Les historiens en réaction contre le déterminisme géographique
Sous l'influence des géographes de la fin du 19e siècle, les historiens adversaires du courant positiviste (Marc Bloch, Lucien Febvre, Braudel et bien d'autres) ont déconstruit et reconstruit la vieille notion de « région naturelle ». L'influence de Vidal de la Blache est claire chez Lucien Febvre : les « régions » sont d'abord et avant tout des constructions humaines perçues et vécues comme telles. Et de citer un texte du géographe français datant de 1897: « Ces noms [de régions] ne sont pas des termes administratifs ou scolaires, ils sont d'un usage quotidien, le paysan même les connaît et les emploie. Étant les produits de l'observation locale, ils ne sauraient embrasser de grandes étendues. Ils sont restreints comme l'horizon de ceux qui en font usage. [...] Ils expriment non pas une simple particularité, mais un ensemble de caractères tirés à la fois du sol, des eaux, des cultures, des modes d'habitation. » (5)
C'est la géographie vidalienne qui a donné naissance à l'histoire des Annales. Délivrés du déterminisme géographique comme de l'apparente fixité des découpages administratifs, les historiens ont ajouté la dimension temporelle à la dimension spatiale de la région. L'un des travaux les plus achevés à ce propos est Les caractères originaux de l'histoire rurale française (1931) de Marc Bloch qui a posé les bases méthodologiques pour l'étude de la région comme catégorie en histoire. II insiste sur trois points qui me semblent fondamentaux. D'abord, l'étude d'une région ne traduit pas un « goût de l'infiniment petit », elle doit procéder d'un mouvement dialectique allant du régional au général. Ensuite, l'histoire comparée permet de dégager les singularités régionales comme les caractères communs. Enfin, l'histoire régionale n'interdit pas de voir grand, de tendre à la synthèse : bien au contraire.
La déconstruction du déterminisme géographique en histoire et la prise en compte de la dimension temporelle (avec les temporalités longues, moyennes, courtes de Braudel) ont amené les historiens à concevoir la « géo histoire » que Braudel formule dans son « économie monde » (qui est bien autre chose qu'une géographie historique).
La prise en compte de la longue durée dans l'étude des régions soulève aussi une hypothèse intéressante : les régions précéderaient l'urbanisation ; ce serait les régions elles mêmes qui auraient engendré le réseau urbain et non l'inverse. Cette hypothèse rappelle la formule concise et énigmatique de Marcel Roncayolo : « une Europe des régions doublée d'une internationale des villes ».
La dimension temporelle introduit deux autres notions : la flexibilité (malléabité) de l'espace régional qui s'étend ou se rétracte et la performance.
5.
FEBVRE Lucien, Pour une histoire à part entière, Paris, 1962, pp. 16‑33 (citation p. 28) ; Idem, La Terre et l'évolution humaine. Introduction géographique à l'histoire, Paris, 1922
6. LABASSE
Jean, L'Europe des régions, Paris, Flammarion, 1991, p. 30. 13
Flexibilité
Les recherches en histoire ont montré que les régions construites, vécues, ne sont pas immuables. Vidal de la Blache a énoncé l'hypothèse que «les régions naissent par leur centre » (6) (on retrouve la notion de « pôle de croissance »). L'apparition des bassins industriels au début du 19e siècle, leur expansion territoriale, puis leur mutation contemporaine semblent confirmer cette hypothèse. Cette flexibilité, cette malléabilité de l'espace travaillé par l'homme entraînent une prise de conscience d'appartenance (le fort sentiment d'attachement à la Ruhr par exemple). La région serait « organique ».
Tout comme Febvre et Braudel, Jean Labasse oppose donc la région conçue comme simple cadre administratif à ce qu'il appelle la « région organique dont est privilégié le contenu géographique, économique, social, culturel et politique » (7).
La reconnaissance de la région comme espace façonné, construit par l'homme, introduit une autre dimension spatio temporelle : la colonisation. Exception faite des études des historiens de l'Antiquité et du Moyen Age (qui ont bien montré que la notion de colonisation ne se réduit pas au « colonialisme » du 19e siècle), les historiens devraient prendre en compte les phénomènes de colonisation de l'espace régional. Deux exemples suffisent à démontrer toute l'importance de ce phénomène
la colonisation «industrielle » de la Haute Silésie depuis la fin du 18e siècle et celle, spectaculaire, du Donetsk à la fin du 19e siècle.
Performances
Reprenant le système de périodisation braudélien, les historiens ont observé que le « temps n'est pas neutre » : d'où les notions de pôles de croissance, de régions pilotes, de régions arriérées ou en décroissance économique, etc. À ce propos, les historiens ne peuvent qu'approuver l'analyse de Christian Vandermotten qui introduit la notion de compétence et de performance (ainsi que de concurrence):
« Les ondes longues [de l'innovation technologique] ne se reproduisent pas pareilles à elles mêmes, comme des vagues déferlant sur la plage. Le temps n'est pas neutre comme semblait le suggérer Rostow. L'écart de développement entre la Ruhr et le Donetsk n'est pas seulement de 50 ans ; ces 50 ans, correspondant à un coût relatif croissant de l'accumulation initiale, sont associés au fait que la croissance maximale pût être stimulée par le grand capital industriel et bancaire là, le fût (dût l'être ?) par un socialisme bureaucratique qui fut plus un capitalisme monopoliste d'État ici. Et cette différence là n'est pas que quantitative : elle est avant tout qualitative et aura un impact évident sur les possibilités actuelles et futures de reconversion, avant tout fonction des hommes, des rapports sociaux et spatiaux (envisagés à différentes échelles) à l'accumulation du capital. »
(8)
7.
LABASSE J., L'Europe des régions, p. 36
8.
VANDERMOTTEN Christian, « La formation des vieilles régions industrielles et leur place dans les systèmes régionaux », dans Revue belge de géographie, fascicules 1‑4, 116e année, 1992, pp. 5-6
Les régions socio économiques
Cette notion de performance est au coeur des nombreux travaux tant théoriques qu'empiriques des historiens économistes depuis l'entre deux guerres à la suite des recherches sur la localisation des activités économiques, sur les pôles de croissance, sur les réseaux (Christaller, Alfred Marshall notamment). La notion de « région économique » en histoire a soulevé de nombreux débats qui rejoignent d'ailleurs ceux des géographes et des anthropologues »(9).
9. SABEL Charles F., « La riscoperta delle economie regionali », dans Meridiana, t. 3, 1988, pp. 13‑71.
Pas seulement un critère économique
Selon Helena Madurowicz Urbanska, « la notion de région économique, aussi bien que la régionalisation en tant que méthode de recherche, peuvent concerner beaucoup d'autres phénomènes que ceux socio économiques ». D'où la nécessité absolue d'une approche interdisciplinaire.
Selon elle, la région économique se caractérise par 3 facteurs : a) une unité cohérente d'éléments (homogénéité interne) ; b) une structure qui se définit par le réseau des relations qui unissent, entre elles, les unités simples et complexes ; c) un système lié, tel qu'un changement apporté à un élément entraîne le changement dans tous les autres. Ces trois facteurs doivent se comprendre dans l'espace et dans le temps. D'où l'importance de la temporalité introduite par l'histoire : elle parle de « mutabilité ».
L'étude historique des « régions économiques » soulève trois problèmes :
- identification des facteurs favorables à la formation de la région (« facteurs régionogènes »). Les facteurs économiques n'expliquent pas tout, bien au contraire. Les facteurs sociaux (sociabilité) ont été mis en avant tant par les sociologues que les historiens, notamment dans la régionalisation des bassins miniers (communautés). L'étude de Jacek Wodz sur la Haute Silésie me
paraît exemplaire à ce propos"(10). II aborde notamment la région dans la
perspective de l'imaginaire. Dans la « conscience sociale » des habitants de cette région, il existe une image globale de la région qui est une
représentation imaginaire, un concept global hérité d'une génération à l'autre. Pour Wodz, deux courants sont nécessaires pour créer cette image globale
l'a utoreprésentation, c'est à dire une prise de conscience sociale des
habitants de la région; une image de la région dans la conscience sociale d'autrui, hors de la région. De plus en plus, les historiens prennent aussi en compte les relations entre facteurs socio économiques et organisation administrative. Une division administrative qui se pérennise devient un puissant facteur régionogène. Une récente étude d'histoire comparée montre que le processus de reconversion industrielle est un facteur régionogène"(11).
- délimitation des régions économiques. L'étude des bassins industriels montre que ceux ci n'ont jamais eu de limites fixes, les limites fluctuent avec le temps. Ce caractère mouvant des régions (industrielles) soulève la question des critères de délimitation d'un espace sans frontières fixes. C'est ici que la régionalisation comme méthode permet de surpasser l'écueil de l'analyse d'espaces aux limites (Grenzraum) fluctuantes.
- la question de la hiérarchie des régions qui résulte de la performance (dans l'Union européenne cette question est devenue capitale en matière de cohésion économique et sociale).
Selon moi, la notion de « facteur régionogène » permet de problématiser les débats qui ont animé les historiens économistes à propos des régions en retard de développement (Alexander Gerschenkron), de la protoindustrialisation (Franklin Mendels), de l'industrialisation et des pôles de croissance (Sidney Pollard (12) Anthony Wrigley), de l'urbanisation (Jan De Vries, Paul Hohenberg).
10. WODZ Jacek, Haute‑Silésie. L'espace déchiré. Spécificité d'une région fort industrialisée, Katowice, 1990
11.BERGER Françoise, ECK Jean‑François, FRIEDEMANN Peter, LAUSCHKE Karl (éditeurs), « Strukturwandel aus vergleichender regionaler Perspektive nach 1945 : Ruhrgebiet und Nord‑Pas‑de‑Calais », dans Mitteilungsblatt des Instituts für soziale Bewegungen, nr 30, Bochum, 2003, 264 p.
12.
POLLARD Sidney (éditeur), Region und lndustrialisierung. Studien zur Rolle der Region in der Wirtschaftsgechichte der letzten zwei Jahrhunderte, Göttingen Vandenhoeck & Ruprecht, 1980
Croissance déclin ; développement backwarness
Ces notions ont donné lieu à d'interminables débats. Cependant, il ressort que la croissance ou le déclin régional doivent être appréhendés avec une batterie de critères (pas uniquement économiques) suivant une approche comparative. Croissance ou décadence apparaissent alors comme des phénomènes relativisés liés à des facteurs de mobilité, de division du travail, de redistribution spatiale des facteurs de production (13) L'essor des recherches en histoire sur la reconversion des bassins industriels montre toute la complexité de l'évolution des régions. D'ailleurs, depuis une vingtaine d'années, les théories de la croissance ont cédé le terrain aux « théories de la croissance endogène ». Il s'agit d'étudier la répartition des activités économiques dans l'espace en tenant compte d'un grand nombre de variables telles que les coûts de transport, le marché du travail régional, le degré d'urbanisation, etc. La nouvelle géographie économique tente donc de mesurer aussi finement possible la convergence (ou son absence) entre régions ou groupes de régions. Elle en arrive à distinguer non plus simplement des régions pauvres et des régions riches, mais des ensembles comme celui formé par le chapelet de bassins industriels. Chaque ensemble ou « club » de régions aurait son propre modèle de convergence, son propre rythme de croissance. Cette approche retient de plus en plus l'attention des historiens qui abordent les « réseaux de régions » (faute de trouver une meilleure formulation).
Ces considérations m'amènent à évoquer quatre domaines relativement récents de recherche en histoire. Le premier porte sur la question des « districts » industriels qui a donné lieu à une abondante littérature, surtout en Italie. La notion de district a mis en évidence l'importance des liens, des interrelations entre innovation technologique, savoir faire, entreprises familiales, liens sociaux, culture entrepreneuriale, territoire. Les travaux menés en ce domaine ont clairement opté pour l'interdisciplinarité et l'approche comparée (14). Le deuxième porte sur les régions « transfrontalières » (histoire transnationale) dont la Grande Région apparaît comme un véritable laboratoire. Le troisième concerne les réseaux de régions (les « clubs »). Les historiens attachent de plus en plus d'importance aux grands ensembles régionaux la « Grande Région » ; le réseau hanséatique ;l'espace de la Baltique (qui englobe l'Écosse et les Provinces Unies).
Ces trois domaines de recherche renvoient à une typologie proposée par Marteen Prak en 1994 (15) :
- micro-région : ensemble territorial homogène, formant un système où villes-campagne, spécialisation complémentarité économique s'articulent en un ensemble cohérent;
- « méso-région » dont la définition semble correspondre au cas de la « Grande Région » (?) ;
- macro-région, c'est à dire les ensembles, les « économies monde » de Braudel.
Le quatrième champ d'investigation concerne l'époque contemporaine :les relations complexes entre Union européenne, Etats, Régions.
13.
MIRRI Mario, « Formazione di una regione economica. Ipotesi sulla Toscana, sul Veneto, sulla Lombardia", dans Studi veneziani, t. Xi, 1986, pp. 47-59
14.
PYKE Frank, BECATTINI Giacomo, SENGENBERGER wemer (éditeurs), Distretti industriali e cooperazione fra imprese in Italia, Firenze : Banca Toscana, 1991 ; BECATTINI, Giacomo (et autres), From industrial districts to local development : an itinerary of research, Northhampton, MA : Edward Elgar, 2003, 241 p
15.
PRAK Marteen, < Regions in the Early Modern Europe », dans Proceedings. Eleventh International Economic History Congress, Milan, September 1994, Milan, Università Bocconi, pp. 19-55
Perspectives
De ce trop bref tour d'horizon, je retiendrai trois points:
- l'objectif : la construction sociale des territoires européens n'est pas une vue de l'esprit, elle est perçue comme telle par les habitants passés et présents. Encore faut-il le démontrer plus solidement par l'approche comparative et interdisciplinaire !
- la méthode : personnellement, considérer la « régionalisation » comme méthode (plutôt que comme objet de recherche) me séduit. Encore faut-il affiner cette méthode...
- les moyens : les récents travaux sur les questions de reconversion des bassins industriels ont démontré que l'interdisciplinarité s'impose. Ceux qui s'y sont essayés ont surmonté, me semble il, les barrières entre disciplines... plutôt encourageant !
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Sophie DE RUFFRAY - La dimension sociale de la performance territoriale. L'exemple de l'accessibilité aux maternités dans la Grande Région pour mesurer la cohésion territoriale. (notice bibliographique)
L'objectif de la communication est de montrer l'importance de la dimension sociale de la performance territoriale. Dans la perspective de la construction de l'indice de cohésion territoriale (ETCI), la question de l'accessibilité aux services publics implique des investigations à une échelle locale (dans le contexte européen).
La cohésion territoriale devient un des objectifs majeurs de la politique régionale de l'Union européenne. Mais ce concept demeure mal défini, et il a été demandé aux chercheurs travaillant dans le projet ESPON 3.2. de bâtir un « indicateur de cohésion territoriale européen » (ICTE) afin de le rendre opérationnel. Dans cette perspective, cette communication porte sur la dimension sociale de la cohésion territoriale, à travers la question de l'accessibilité aux services publics. En vue d'une harmonisation de l'accès aux soins, il souligne l'intérêt de mettre en évidence les zones de chevauchement entre aires d'influence des services, notamment lorsque ces derniers sont localisés le long des frontières. Cette communication se veut une contribution à l'articulation entre les questions sociales et l'échelle locale, peu développée dans les travaux d'ESPON et pourtant fondamentale pour évaluer la performance territoriale.
La prise en compte de la notion d'accessibilité aux services publics dans le concept de cohésion territoriale est relativement récente dans les textes politiques européens de référence mais sans cesse réaffirmée. Le Traité d'Amsterdam offre la première occurrence à propos des services d'intérêt économique général (SIEG) perçus comme des éléments promouvant la cohésion sociale et territoriale (1997). Les SIEG ne représentent toutefois que les services dits en réseau tels la téléphonie ou l'électricité. Les dernières réunions informelles des ministres en charge de l'aménagement (Rotterdam 2004, Luxembourg 2005 et Bristol 2005) ont élargi le nombre et précisé la nature des services considérés, et l'Accord de Bristol définit en ce sens les communautés durables bien connectées : « avec de bons services de transport et de communication reliant les populations à leur travail, aux écoles, aux services de santé et autres services ». II s'avère donc indispensable de progresser méthodologiquement dans la représentation de l'accessibilité à ces services.
Le choix s'est ici porté sur un type particulier de service, les maternités, dans un espace transnational, la Grande Région. Celle-ci est composée de cinq entités géopolitiques différentes (Wallonie, Rhénanie Palatinat, Sarre, Luxembourg, Lorraine) issues de quatre pays. Les données prises en compte ici sont délibérément élémentaires car l'objectif de la méthode développée est d'être reproductible dans les 29 pays couverts par le programme ORATE. Les maternités sont un des services de proximité, ubiquiste, à l'activité facilement mesurable, dont la situation est préoccupante compte tenu de l'état démographique de l'Europe et de ses
perspectives d'avenir. La différence de l'indice de fécondité entre la France et l'Allemagne se retrouve dans cet espace, entre les Länder rhénan et sarrois et la région Lorraine. En outre, la Grande Région constitue un véritable « laboratoire » européen pour rendre compte des problèmes de définition, d'harmonisation et de disponibilité des données. Enfin, le volontarisme politique qui la caractérise est une dimension à prendre en compte pour l'accès aux services, en termes d'accessibilité transfrontalière ou non.
L'objectif est de délimiter des aires de rayonnement autour de chaque service. La communication expose successivement les problèmes conceptuels et les enjeux méthodologiques posés par l'exigence d'une telle approche à l'échelle européenne. Des aires de rayonnement sont délimitées à l'échelle des LAU 1/2 en fonction de trois fondements conceptuels : l'accessibilité, l'offre et la demande. D'un point de vue mathématique, la méthode est fondée sur la théorie des possibilités et la théorie des sous ensembles flous, qui permettent d'appréhender les espaces mal délimités et de mettre en évidence les zones de chevauchement. L'application aux trois scénarios prospectifs développés dans ESPON 3.2 (scénario tendanciel, scénario libéral et scénario cohésif) permet une représentation cartographique des conséquences des choix politiques pour l'aménagement.
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Sylvie TISSOT - Découper, réformer, hiérarchiser: les enjeux des délimitations territoriales. (notice bibliographique)
On propose dans cette communication de réfléchir à la manière dont les délimitations territoriales ont été construites dans différents travaux sociologique ou sociohistorique.
Délimitations et réformes
Je reviendrai sur l'ouvrage collectif dirigé par Christian Topalov, qui s'intéresse aux nouvelles divisions de la ville sur une durée qui s'étend des Lumières à la période contemporaine marquée par les explosions urbaines. Les auteurs y analysent ces divisions comme autant de moments de réorganisation de l'administration de la ville, qui participent à un mouvement plus général de rationalisation des sociétés modernes tel qu'il est étudié par Max Weber (Les divisions de la ville, Paris, UNESCO Maison des sciences de l'homme, 2003).
Je présenterai mon travail sur l'émergence de la catégorie de quartier sensible en France. Celle ci ne peut être réduite à la simple prise en charge publique d'une nouvelle "question urbaine" . L'émergence de cette catégorie engage une réforme profonde des politiques sociales. Les mouvements réformateurs sont toutefois toujours l'objet de tensions et de luttes : à cet égard les délimitations territoriales comme toute opération de classement engagent des visions du monde concurrentes, que les enquêtes sociologiques se proposent de mettre au jour.
Délimitations et dénominations
Les nouvelles divisions, et les entreprises réformatrices qu'elles engagent passent par de nouvelles désignations. Je montrerai à partir de mon travail comment l'émergence de la catégorie de quartier sensible passe par la codification d'un vocabulaire, la naissance d'une catégorie statistique en même temps que l'établissement de cartes.
Les mots constituent une entrée privilégiée pour comprendre l'espace urbain et ses enjeux. Tout simplement parce qu'ils ne forment pas une réalité séparée du monde social : ils sont aussi des " formes de l'expérience " de la ville, mobilisées par ceux qui y vivent, s'y déplacent, l'étudient et/ou souhaitent la changer. On peut ainsi, en analysant un mot, "quartier sensibles", ses usages et ses circulations, montrer comment de nouvelles manières de penser les problèmes urbains s'inscrivent dans des institutions, des procédures, des documents et des savoir faire.
Délimitations et hiérarchisations
La construction des territoires est étroitement liée à des entreprises réformatrices ; elle n'est évidemment pas séparable des concurrences entre les groupes sociaux qui tentent de se les approprier. Je présenterai mon travail sur un quartier gentrifié de
Boston (Etats-Unis) dans lequel j'examine les ressources, institutionnelles et sociales, pratiques et discursives, mobilisées par les résidents des classes moyennes supérieures pour s'approprier un espace et le redéfinir, et ce via les associations de quartier. Ces associations contribuent, par l'activité philanthropique de ses membres, à la prise en charge des populations les plus pauvres, mais investissent aussi le quartier en (re)construisant le récit de son histoire (rôle de la Société historique), et en le réorganisant géographiquement (délimitations internes correspondant aux différentes associations).
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