Hommage à Clemens Heller (1917-2002)
- Administrateur de la Maison des Sciences de l'Homme, 1985-1992 -
de Hélène Ahrweiler




 

 

 

L'histoire de mon amitié avec Clemens Heller est étroitement, mais non uniquement, liée à celle de la Maison Suger.

Dans les premiers mois de 1985, alors que j'étais Recteur de l'Académie de Paris, j'avais, à leur initiative, reçu Fernand Braudel et Clemens Heller, qui venaient me demander un lieu d'accueil et de travail pour chercheurs étrangers : ils n'eurent aucune difficulté à me convaincre de l'utilité du projet.

A quelque temps de là, j'appelais Clemens Heller pour lui proposer un immeuble pratiquement à l'abandon, appartenant à l'Académie de Paris, et qui allait être mis en vente par les Domaines pour une opération immobilière, immeuble admirablement situé au cœur même du quartier latin.

Mais je me voyais tenue à lui demander une importante contrepartie et, à vrai dire, je doutais que la Maison des Sciences de l'Homme serait capable de faire face : car il fallait mobiliser en deux semaines, sans rien demander au Ministère, une somme équivalente au prix évalué de l'immeuble, pour couvrir le prix des travaux. Clemens Heller releva le défi, et rassembla les fonds en temps et en heure, grâce à l'aide des amis allemands de la Maison des Sciences de l'Homme, avec lesquels il avait tissé, au cours des dix années précédentes, des liens de plus en plus étroits.

Trouver trois millions et demi de marks, plus d'une dizaine de millions de francs de l'époque, tel était la sorte de défi que Clemens Heller aimait à relever, et où il donnait le meilleur de lui-même.

Vint ensuite la réalisation de l'opération, qui n'allait pas de soi, et pour laquelle il fallut surmonter de nombreux obstacles, financiers et administratifs.

C'est alors qu'une véritable connivence s'établit entre nous, qui ne fût pas de trop pour faire sortir de terre cette Maison Suger, que j'ai parfois envie d'appeler Maison Braudel ou Maison Heller…

De cette expérience vécue dans un climat d'étroite collaboration, de la réussite finale de ce pari risqué, je garde, aujourd'hui, maints souvenirs que je ne suis pas prête d'oublier, et d'où naquit une amitié qui ne se démentit jamais.