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J'ai rencontré Clemens Heller pour la
première fois au printemps 1964 dans son bureau, rue de la
Baume. Je sortais d'un entretien avec notre grand patron à
tous, Fernand Braudel. Il venait de m'engager en qualité
de Secrétaire général de la Maison des Sciences de l'Homme, et m'avait demandé de rendre visite à
son premier collaborateur.
Le courant est passé tout de suite avec
ce personnage inattendu et captivant. Il croulait déjà
sous les livres et les dossiers, tourmenté par le devenir
d'une institution créée sur le papier l'année
précédente et qui, devenant Fondation reconnue d'utilité
publique, commençait à bénéficier des
premiers crédits de l'Education Nationale.
Fort heureusement, mon interlocuteur avait obtenu
une donation de la Fondation Ford. Il s'agissait d'abord de renforcer
les moyens en personnel - j'en ai aperçu trois, dans un deux-pièces
cuisine, où je devais venir m'installer très bientôt
-. Il fallait aussi accélérer la mise en place des
premiers éléments de la Bibliothèque, boulevard
Saint-Michel. En même temps que ses diverses activités
à l'EHESS, dont Fernand Braudel assurait aussi la Présidence,
il apportait son aide au développement de centres de recherche
dispersés dans Paris, et plus particulièrement à
celui des aires culturelles.
Bref, j'ai été conquis tout de
suite et j'ai accepté de venir travailler pendant mes temps
de loisir en attendant la prise officielle de mes fonctions, fixée
par le Ministère à la prochaine rentrée universitaire.
Oui, mes premières impressions se sont
confirmées alors qu'ensemble, non sans heurts, mais pierre
après pierre, et main dans la main, nous participions à
la construction de l'édifice.
Je pourrais continuer longtemps à vous
parler du personnage que nous évoquons aujourd'hui. Il était
là, toujours et partout, disponible à toute heure,
capable d'entretenir plusieurs interlocuteurs à la fois,
sans oublier ses appels téléphoniques. Il a contribué
largement à faire de notre institution une "économie-monde".
Il savait nouer des réseaux avec de nombreux organismes,
pays et continents. J'ai profité, moi-même, de ses
relations. Nous nous connaissions depuis à peine quelques
mois que, à ma surprise, il m'incitait à apporter
ma collaboration au Conseil international des sciences sociales,
chargé de mettre en place, à Vienne, un centre de
recherche et de documentation dont la mission était d'établir
des échanges entre les chercheurs de l'Est et de l'Ouest.
Finalement, je suis resté 30 ans près de cet organisme.
Cela m'a permis d'élargir mes connaissances professionnelles
et d'être invité dans la plupart des pays européens,
notamment à l'Est soviétique où l'on recevait
très bien. Je lui en suis très reconnaissant.
Permettez-moi, enfin, d'évoquer un moment
qui me revient souvent. Revenant de Vienne, je dépose sur
le bureau de notre ami quelques pâtisseries. Il a souri
et j'ai compris très vite qu'il ressentait une vive émotion
et que les senteurs des "Viennoiseries" lui rappelaient
tout le faste de cette capitale qui avait choyé sa jeunesse.
Et j'ai compris plus encore ce jour-là toute l'épreuve
qu'avait dû être, pour lui, le départ brutal
de sa ville
Pour terminer, je voudrais dire aussi toute
notre reconnaissance à celle qui l'a accompagné pendant
toute cette période dans sa vie professionnelle et personnelle
avec les qualités que nous avons eu tous l'occasion d'apprécier.
Oui, Marie-Louise, nous sommes de tout cur près de
vous.
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